Comment produire du lait à partir de l’herbe : enquête dans des élevages en AOP !

L’Union Régionale des Fromages d’AOP Comtois et l’Organisme de Sélection Montbéliarde ont commandité à Conseil Elevage 25-90 et Jura Conseil Elevage une étude qui avait pour objectif de mieux comprendre les facteurs de variation de la consommation de concentrés en système foin/regain AOP.  Elle nous permet de revenir objectivement sur les facteurs qui ont une réelle influence sur la quantité de concentré distribuée aux vaches laitières dans nos systèmes herbagers.

La consommation de concentré n’est pas liée au potentiel génétique  

Quelque soit leur niveau d’index Lait, la quantité de concentré distribuée est très variable entre les élevages (voir graphique 1). Cela signifie que pour un même potentiel génétique l’efficacité de la complémentation et la valorisation de la ration de base peuvent être très variables. Fort de ce constat, il a été envisagé d’analyser les caractéristiques des exploitations et la conduite du troupeau au sein de deux groupes d’élevages à potentiel génétique élevé (Index Lait >240) : un groupe d’élevages dit « économes » où la complémentation annuelle se limite à moins de 200 g de concentré kg de lait ; et un groupe d’élevages plus « dépensiers » qui distribuent au moins 220 g de concentré par kg de lait. 


Graphique 1 : la quantité de concentré distribuée et le niveau génétique du troupeau sont indépendant. 

Les élevages « économes » valorisent mieux les fourrages

Les deux groupes définis précédemment produisent environ la même quantité de lait par vache. Mais, les élevages du groupe économes y parviennent avec 400 kg de concentré par vache en moins. Dans ce groupe, la ration de base est donc mieux valorisée. On constate un écart entre les deux groupes qui peut s’élever jusqu’à  4 kg de lait/VL de valorisation de la ration de base, en hiver comme en été.

Un parcellaire plus favorable au pâturage

Dans des systèmes de production tout herbe, la surface accessible aux vaches pour le pâturage est une donnée déterminante. Les élevages du groupe économes se distinguent des élevages plus dépensiers sur ce critère : 88 ares accessibles/VL en moyenne contre 73 ares/VL pour le groupe dépensiers. Les éleveurs du groupe économes déclarent beaucoup plus fréquemment avoir un parcellaire groupé autour du bâtiment (60% d’entre eux contre seulement 41% des éleveurs du groupe dépensiers). 20% des éleveurs du groupe dépensiers se plaignent d’un parcellaire morcelé. 


Tableau 1 : Résultats des élevages « économes » et « dépensiers » sur la campagne 2012-2013


Plus de séchanges en grange dans le groupe économes

Une meilleure gestion du pâturage

Les élevages du groupe économes se distinguent par un aménagement des parcelles (chemins, réseau d’eau…) plus important. Cela témoigne d’un investissement sans doute plus intense dans la gestion du pâturage.  

Cette enquête a également été l’occasion d’identifier des pratiques qui peuvent nuire à la valorisation de l’herbe. Le libre accès au bâtiment est une pratique fréquente qui pénalise l’ingestion au pâturage. C’est d’autant plus le cas lorsque les animaux disposent de fourrages à l’auge ou qu’ils doivent rentrer au bâtiment pour accéder au point d’eau.

La valeur de l’herbe en période de pleine pousse  (mai-juin) ne justifie pas la distribution d’un concentré dosant plus de 15% de MAT. L’utilisation d’un concentré à plus forte teneur azotée engendre une perte économique et un gaspillage d’azote. Là encore, les pratiques s’éloignent fortement des recommandations.

Du fourrage de qualité et en quantité suffisante

La consommation de concentrés en hiver dépend de la qualité de la ration de base. Les systèmes équipés de séchage en grange sont plus fréquents dans le groupe économe. On peut supposer que ces équipements leurs permettent de mieux garantir la qualité de leurs fourrages stockés.

La quantité de fourrage récoltée est également déterminante. Un bilan fourrager déficitaire engendre souvent des dépenses supplémentaires en déshydratés et autres concentrés pour maintenir le niveau de production du troupeau. Les éleveurs du groupe dépensiers expriment plus fréquemment un manque de fourrage chronique sur leur exploitation. On note dans cette étude qu’environ 25% des élevages récoltent moins de 2,5T de fourrage/UGB alors qu’il en faudrait au moins 3T pour sécuriser ces systèmes.

On peut conclure de cette étude, qu’il est possible de conduire un troupeau de race Montbéliarde à haut potentiel génétique dans des systèmes herbagers économes et cohérents avec les objectifs des filières AOP. Cela passe par la technicité des éleveurs notamment dans le domaine de la production fourragère et de la gestion du pâturage pour valoriser le potentiel propre à chaque exploitation.

Nicolas GAUDILLIERE
Encadrement 

Cette étude à fait l'objet d'un rapport de stage. Merci à Mickaël CONVERS, stagiaire à Conseil Elevage 25-90 pour ce travail. 



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