DESIA 25, mieux valoriser la protéine locale

Après sa première campagne de fonctionnement, DESIA 25 nous ouvre ses portes. L’usine valorise les excédents de chaleur de l’incinérateur de déchets de Pontarlier pour déshydrater des fourrages provenant de 77 exploitations du Doubs et du Jura. Décryptage des objectifs de DESIA 25 et enseignements de cette première campagne…

Tout a commencé en 2007. Rappelez-vous, des foins de mauvaise qualité et des concentrés de plus en plus chers ! Les éleveurs cherchent alors des solutions pour améliorer la qualité de leur ration de base et diminuer leur dépendance vis-à-vis des achats extérieurs. C’est alors que des éleveurs impliqués au sein de groupes de développement s’intéressent à la déshydratation des fourrages. « L’idée de base, c’était de réduire nos besoins d’achats de soja pour produire nos fromages AOP », explique Emmanuel MARGUET, président de DESIA 25.

Un projet innovant

Tout de suite, ils identifient les conditions de réussite d’un tel projet : utiliser une source d’énergie à bas coût, maîtriser la logistique d’approvisionnement de fourrages, faire partager l’esprit de la coopération au sein des adhérents.

Après un contact auprès de Préval, la source d’énergie est toute trouvée. L’usine d’incinération traite les déchets d’une population grandissante aux alentours de Pontarlier. La chaleur qu’elle produit est d’ores et déjà valorisée pour le chauffage de l’hôpital et d’autres établissements publics de Pontarlier. Mais, en été, les excédents de chaleurs sont importants. DESIA 25 a donc conclu un contrat d’utilisation de cette énergie pour une durée de 15 ans.

Après une première campagne d’information auprès des éleveurs, les fondateurs ont aussi l’idée d’associer au projet des scieurs. La logique est la même, ces entreprises recherchent à être plus autonomes dans la production de granulés de bois à partir de la sciure. Ils fournissent ainsi une activité pour l’usine en période hivernale. C’est au final, 120 agriculteurs, deux scieurs et une trentaine d’investisseurs privés locaux qui apportent les capitaux nécessaires pour la création de la SAS DESIA 25.

Les travaux ont débuté en février pour une mise en route fin juin.

La première année de fonctionnement est riche d'enseignement

S’intégrer dans le territoire

Dès le départ, les fondateurs du projet ont également le souci de l’intégrer du mieux possible dans l’environnement local. « Nous avons tout de suite associé des non-agriculteurs dans nos réflexions. L’objectif, c’était de prendre en compte les avis de la société ». Dans la même idée, un groupe « environnement » est créé dans lequel les membres de DESIA 25 s’entourent des compétences de la LPO, la DREAL, la DDT, l’URFAC, le conservatoire botanique, la chambre d’agriculture… Les travaux de ce groupe aboutiront à la rédaction d’un document unique qui engagera chaque éleveur qui rentre dans la démarche.

Des précautions avaient déjà été mises en place suite à l’étude de faisabilité réalisée par la chambre d’agriculture et le contrôle laitier au lancement du projet. Les éleveurs qui ont des soucis chroniques de déficit en fourrages ont été alertés sur la pertinence d’engager des surfaces. Tous les aliments produits sont considérés comme des concentrés et rentrent donc dans le champ de la limitation des 1800 kg pour les cahiers des charges AOP. « Notre objectif, c’était que nos granulés remplacent une partie des concentrés achetés. Sur le principe, cela ne nous a donc jamais posé de problème » confirme Emmanuel MARGUET.


Une première année stressante

Pour sa première année de fonctionnement, DESIA 25 n’a pas été aidée par la météo. Le premier granulé a été produit le 27 juin. Malheureusement, les premières coupes ont été retardées et cela a eu un impact sur la qualité du granulé. « Quand nous avons vu les premiers résultats d’analyses, nous avons été très déstabilisés », concède Emmanuel MARGUET. 12% de MAT et 0.76 UFL/kg de MS. Cet aliment est intéressant dans les périodes de transition mais il ne permet pas d’atteindre l’objectif principal : faire des économies de tourteaux. La saison avançant, le sourire de l’équipe est revenu. En effet, les résultats des dernières analyses sont bien meilleurs : les 2ème et 3ème coupes réalisées dans de bonnes conditions ont des valeurs nettement meilleures (jusqu’à 19% de MAT). Cette première année est riche d’enseignement. « Il faut vraiment trouver le bon compromis entre le rendement, et donc la quantité d’herbe à récolter par chantier, et la qualité du produit », indique Virginie MEIER, directrice de DESIA 25.

Des analyses systématiques sont réalisées pour s'assurer de la valeur du produit :

A l’échelle de l’exploitation, intégrer de la déshydratation modifie le système et pose des questions plus globales. « On a trop tendance à se fixer des objectifs de production et réfléchir aux moyens pour les atteindre. Le bons sens, c’est de se poser la question inverse : quelle quantité de lait je peux produire avec ce que j’ai dans la grange aujourd’hui ? C’est ce raisonnement qu’on aimerait voir se développer dans les exploitations engagées dans notre démarche », conclut Emmanuel MARGUET.

Nicolas GAUDILLIERE

Encadrement



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