Face à la crise, croire au lait standard

Samuel et David Bourdier sont en GAEC avec leur père Joël. Ils ont toujours cherché à produire du lait de façon économique. Cette stratégie se révèle payante au vu de la crise laitière en cours. Cet article nous en dit plus sur leur façon de travailler et de minimiser les coûts.

Un attachement au lait standard

Le GAEC BOURDIER s’est développé autour de l’élevage. L’intensification leur a permis de valoriser une surface modeste de 120 Ha pour 3 associés. D’abord en développant un atelier taurillon puis en augmentant leur référence laitière avec des attributions JA et de l’achat de quotas. Sur le premier plateau du Doubs, la question de l’AOC s’est forcément posée, mais aurait obligé les éleveurs à arrêter l’atelier viande (du fait de la surface disponible et de la proximité avec l’atelier lait) et à limiter leur production laitière à 4600 litres de lait par hectare. Fort de leur expérience dans leur système, ils ont donc choisi de croire au lait standard en cultivant l’herbe et en limitant les coûts d’intrants avec des achats d’opportunités sur des marchés à terme. Malgré la crise, nos éleveurs restent sereins. Aujourd’hui, la poudre de lait et le beurre seraient plutôt sur une tendance haussière  « une hausse est annoncée pour fin 2016 donc on serre les dents ».


Le GAEC Bourdier en quelques chiffres :

- 3 UTH (bientôt 2)

- 120 ha de SAU : 25ha maïs, 20ha triticale, 15ha orge, 60ha herbe (dont 15ha de RGI pur ensemencé chaque année)

- 550 000 l lait

- 80 vaches et 50 taurillons vendus /an

- Vêlages à 26 mois

- EBE/produit : 34% en 2015, face à une moyenne de groupe à 24% (le groupe étant constitué de producteurs en lait standard produisant un volume similaire) ; et 42% en 2014

- En moyenne sur les 12 derniers mois : 174 g de concentrés / Kg lait, 51 € / 1000 l de coût concentrés, 119 € / 1000 l de coût total ration

L'herbe, une culture

L’exploitation compte 60 hectares d’herbe, dont 15 implantés en ray-grass italien. Le climat favorise la pousse de l’herbe : entre 1200 et 1300 mm de pluviométrie par an et des sols profonds qui aident à l’implantation et à la croissance. Le parcellaire est un atout puisque malgré la présence de 2 sites (un à Nancray et un à Glamondans, situé à une dizaine de kilomètres), les parcelles sont très regroupées.

Le ray-grass est implanté tous les ans. Il est ensilé une fois à l’automne  à destination des génisses. Au printemps l’ensilage débute au 15-20 avril si la météo le permet. Les coupes suivantes ont lieu toutes les 3 semaines. Le ray-grass reste une année complète. Il n’y a pas de semis de maïs après la première coupe au printemps  car les éleveurs estiment que la somme de températures à Nancray pénaliserait soit le rendement en ray-grass, soit le rendement en maïs. Les 15 hectares implantés en RGI sont retournés tous les ans, alors que les prairies temporaires autres le sont moins souvent. Entre chaque coupe, 30 unités d’ammonitrate et du lisier sont apportés sur toutes les prairies de fauche. Le fumier est épandu avant le semis.

Pour ce qui est de la gestion des stocks, le maïs est très sécuritaire. Les éleveurs s’arrangent pour avoir terminé les stocks d’herbe de l’année précédente avant de commencer les nouvelles récoltes.


Silo de maïs

Réaliser des économies sur les intrants

Le GAEC Bourdier fait des économies sur les achats des matières premières. Par exemple, les tourteaux de colza et de soja sont achetés un an à l’avance, suivant les cours. Cette année, les éleveurs ont également acheté l’ammonitrate et l’urée en avril pour la récolte 2017. Tous les achats d’intrants sont en réalité des achats d’opportunité : ce sont eux qui décident du prix auquel ils veulent acheter. Les autres engrais comme les boues de station d’épuration sont gratuits.

Ces pratiques permettent de réelles économies. Le tourteau colza-soja (3/4 - 1/4), a été acheté 248 € /tonne, par 100 tonnes. David estime que cela représente une économie de 4000 € environ pour cette année. De même, l’urée a été acheté 306 €/t cette année, contre 380 €/t l’année dernière ; 55 €/t pour la drèche cette année, contre 75 €/t l’année dernière. Avec ces achats anticipés, les éleveurs économisent tant au niveau de la protéine à destination des animaux (tourteaux, drèches) que de celle à destination des végétaux (engrais).  Ils mettent aussi en concurrence leurs fournisseurs pour faire toujours plus d’économies.

De plus, l’exploitation est autonome en énergie. Toutes les céréales produites sont destinées à l’autoconsommation, les éleveurs faisant leur propre mélange fermier.


Silo de drèches de brasserie

Toujours l'autonomie dans le viseur...

Au GAEC Bourdier, l’objectif recherché concernant le poste de mécanisation est l’autonomie, qui parfois peut prendre le pas sur le volet économique. En effet, la gestion du matériel se base sur des équipements adaptés aux besoins des éleveurs, notamment lors des achats. Nous pouvons citer, par exemple, l’acquisition d’un tracteur neuf en deux roues motrices qui est destiné aux travaux de paillage et de distribution de l’alimentation. « Pourquoi payer des chevaux qui ne serviront pas ? » soulignent les associés.

Cependant afin d’allier l’autonomie et la rentabilité, le parc de matériel est relativement ancien et bien entendu, déjà amorti. Les chantiers d’ensilage s’exécutent avec deux ensileuses deux rangs et une ancienne auto-chargeuse, ainsi que l’aide de plusieurs amis pour la main d’œuvre. Cela permet de ne pas faire appel à un tiers et ainsi de réaliser les chantiers en temps et en conditions voulus. Nous pouvons sentir cette réelle volonté des associés de travailler quand ils le décident : ils veulent maîtriser leurs conditions de travail. Ils ont d’ailleurs sorti une partie matériel de la CUMA pour être plus autonomes. Malgré tout, cette recherche de l’autonomie demande un minimum d’entretien pour avoir du matériel « pas cher mais qui dure », et peut avoir un coût : pour l’ensilage il y a déjà 80 € de carburant par ha environ.

Enfin, les bénéfices de ce choix s’en ressentent sur la qualité des fourrages. Les conditions de récoltes étant optimales à chaque chantier les silos sont peu pollués (de terre notamment), ce qui évite les butyriques dans le lait par la suite.

La clé de la réussite ?

Garder le moral ! Les éleveurs restent optimistes malgré un prix de base à 300€ les 1000 l enregistré le mois dernier. Ils espèrent une remontée du prix du lait en 2017. D’ici là ils tiennent bon et poursuivent sur leur lancée.


Les conseillers de l'équipe de TARCENAY



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