Faut-il écrêter les pics ?

Les trois Organismes de Conseil Elevage de la région Franche Comté (Haute Saône Conseil Elevage, Jura Conseil Elevage, et Conseil Elevage 25-90), ont conjointement encadré un travail sur la forme de la courbe de lactation. Ce sujet a fait l'objet du mémoire de fin d'étude d'Anna ROUMEAS, élève ingénieur à AgroSup Dijon. Il a porté sur quelques 273 000 lactations de Montbéliardes. L’objectif était notamment de discuter de l’intérêt d’écrêter le pic de lactation et améliorer la persistance. 

Le début de lactation une phase délicate

Après le vêlage, les besoins énergétiques augmentent rapidement, et la capacité d’ingestion des animaux est limitée. Un déficit énergétique est donc inévitable. Il est compensé par une mobilisation plus ou moins intense et durable des réserves corporelles. Une mobilisation importante est un facteur de risque de nombreux problèmes sanitaires (métrites, acétonémie, mammites…) et affecte les performances de reproduction.

En théorie, écrêter le pic pour réduire la perte d’état

On cherche, depuis de nombreuses années, des solutions pour réduire le déficit énergétique des vaches laitières en début de lactation. L’augmentation des apports par l’ajout de concentré se révèle peu efficace : L’énergie supplémentaire distribuée est prioritairement utilisée pour produire plus de lait. Reste donc la solution de réduire les besoins liés à la production en écrêtant le pic de lactation. Théoriquement, pour la même quantité de lait produite à l’échelle de la lactation, les vaches qui produisent le moins de lait au pic sont celles dont le bilan énergétique en est le moins négatif (voir figure 1). Ainsi, à même niveau de production, on s’attend à ce que les vaches qui ont les meilleures performances de reproduction soient celles qui produisent le moins de lait en début de lactation et dont la production persiste le plus par la suite.

Fig. 1 : hypothèse de départ, abaisser le niveau du pic permet de réduire le déficit énergétique en début de lactation




Fig. 2 : A même niveau de production, les vaches aux pics élevés sont plus fertiles et plus fécondes.

 

L’étude menée par les trois organismes de Conseil  Elevage de Franche Comté, en collaboration avec Luc DELABY de l'INRA de Rennes, a pourtant abouti à des conclusions perturbantes : A l’intérieur de groupes d’animaux de niveaux de production équivalents, les vaches dont le pic de lactation est le plus élevé sont fécondées plus tôt que celles se caractérisant par des courbes de lactation plus plates (voir figure 2).  

Une réalité beaucoup plus complexe

De tels résultats incitent à discuter l’hypothèse de départ : Les vaches dont le pic est écrêté ont-elles vraiment un bilan énergétique amélioré ? Oui, à condition qu’elles aient le même niveau d’ingestion que les vaches qui démarrent avec des pics plus importants. C’est peut-être l’une des premières explications à ces résultats. Ingestion et production sont intimement liées. Les vaches qui produisent le plus sont aussi celles qui mangent le plus. Et, si les vaches dont le pic est écrêté ont des niveaux d’ingestion plus faibles alors l’écrêtement du pic ne permet pas d’améliorer le bilan énergétique.

Autre hypothèse, pour un même niveau de production, ces vaches qui ont le pic le plus faible sont celles dont le niveau de production est le plus persistant. Alors même si l’écrêtement du pic permet une amélioration du bilan énergétique dans les 50 premiers jours de la lactation, ces vaches, qui produisent plus après, ont peut-être un déficit énergétique également plus durable. Leur bilan énergétique au moment  de la première IA est peut-être moins favorable.

Définitions :

Les deux principales variables utilisées pour décrire la forme d’une courbe de lactation, c’est le niveau du pic et la persistance de la lactation. Pour l’étude, les méthodes retenues pour calculer ces deux variables sont :
-Pour le pic : c’est le meilleur contrôle dans les 100 premiers jours de la lactation
-Pour la persistance : c’est le ratio entre la quantité de lait produite entre 100 et 200 j de lactation d’une part et le lait produit sur les 100 premiers jours d’autre part. Il traduit donc la façon dont l’animal a maintenu son niveau de production au cours de la lactation

Ce qui influence la forme de la courbe de lactation :

- La parité : les primipares ont un pic plus faible et une meilleure persistance que les multipares
- La saison de vêlage : les lactations qui débutent au printemps se caractérisent par de forts pics et des persistances faibles. Au contraire, celles débutant en automne ont des démarrages chaotiques pendant cette période de transition alimentaire mais se maintiennent bien au cours de l’hiver et lors de la mise à l’herbe.
- Des tarissements courts (moins de 45j) sont suivis de pic plus faibles.

Que faut-il en retenir ?

Malheureusement, lors de cette étude, les notes d’état corporel n’ont pas été collectées. Elles nous auraient permis d’étayer ces deux hypothèses. Une autre limite de cette étude, reste notre incapacité à savoir si l’écrêtement du pic constaté est le résultat d’une stratégie des éleveurs. Il peut également être le reflet d’erreurs dans la gestion des débuts de lactation qui en pénalisent les démarrages.

Alors, pour ceux qui cherchent à écrêter les pics de lactation, nous pouvons seulement rappeler que cette stratégie ne peut être payante que si l’ingestion en début de lactation ne s’en trouve pas pénalisée. Dans cette période complexe pour la vache, l’accès à volonté aux fourrages de qualité est une condition essentielle à la limitation de la perte d’état. L’état corporel des animaux au moment du vêlage est le deuxième facteur clé pour limiter la mobilisation des réserves corporelles. Un excès d’engraissement limite l’appétit en début de lactation et amplifie le déficit énergétique.

Anna ROUMEAS

Conseillère remplaçante

Nicolas GAUDILLIERE

Encadrement Conseil Elevage 25-90





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