Hiver 2016-2017 : Traire, mais à quel prix ?

Cette année, les livraisons de lait ont été en diminuant. Une exploitation en zone AOP sur le plateau a-t-elle intérêt à rattraper ce retard à tout prix, ou plutôt à laisser-aller pour s’en sortir au mieux techniquement et économiquement ?
Pour répondre à cette question, l’équipe de conseillères d’Avoudrey a rencontré Fabienne VIPREY (CER France Alliance Comtoise) et Mathieu CASSEZ (CIA25-90).

2016 : une année semblable à 2007

Rappelons qu'en 2007 le printemps a été chaud et humide. La pousse de l'herbe a été importante en raison des précipitations. De plus, les foins ont été récoltés tardivement, en quantité suffisante mais de qualité médiocre. Les foins de cette année sont tout de même de meilleure qualité.

Les éleveurs ayant essayé d'intensifier leur conduite alimentaire sur leur troupeau ont vu leur EBE/1000L se dégrader. La limite fixée était de 300 g de concentré / kg de lait pour ne pas trop dégrader cet EBE/1000L et pour respecter les 1 800 kg/VL. De plus, des répercussions sanitaires sur les animaux ont été constatées au sein de ces troupeaux : problèmes de boiteries, mammites, infécondité… Il a fallu attendre un deuxième cycle de reproduction pour ne plus subir ces conséquences. Ce sont les grosses structures qui ont le plus souffert cette année-là, car elles ont augmenté le nombre de vaches plus facilement et en on pâtit.

La production de lait a donc été décalée sur l'automne 2007. Certains producteurs ont trait jusqu’à 50 000 l de lait en moins : cela ne les a pas fragilisé économiquement pour autant puisque ce sont ceux qui n’ont pas cherché à intensifier à tout prix (cf témoignage).
Le défi a été de reprendre la production au printemps suivant en partant d'une bonne assise financière.

L’année 2016 ressemble à 2007, avec un contexte similaire : la DRAAF (Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt) a enregistré 1,5% de lait produit en moins cette année, mais des prix équivalents. 

Le respect de la réglementation avant-tout

La réglementation est la première chose à respecter :

  • Dans la filière AOP, les vaches sont limitées à 1800 kg/VL/an. Pour les exploitations qui se situent déjà à cette limite haute, il ne pas va être possible de distribuer plus de concentrés sans se trouver en non-conformité par rapport à la filière.
  • Dans cette même filière, la productivité individuelle/ha est aussi à respecter. Il faut rappeler que les 10% supplémentaires/ha sont une marge de manœuvre et en aucun cas un objectif à traire. Ce supplément peut être trait selon le contrat passé avec votre coopérative, mais ce n’est pas automatique pour tout le monde.
  • Enfin, il faut faire le point sur votre mise aux normes : si vous gardez plus de bêtes, il faut penser que vous devrez avoir suffisamment de place pour le stockage des déjections afin d’être en adéquation avec la réglementation en cas de contrôle.

Augmenter le lait produit mais pas à n'importe quel prix

Avant de vouloir augmenter sa production, il faut s’assurer que ce sera rentable. Pour cela, la solution la plus simple est de traire uniquement le volume en A. Attention aux différentes références de productivité du CIGC : demandez à votre coopérative le volume de lait payé au prix A. Si vous voulez traire du lait en B, il faut d’abord calculer son prix de revient. Vous pouvez consulter votre conseiller du centre de gestion pour voir s’il est intéressant pour vous de produire du lait en B et jusqu’où vous pouvez soigner sans perdre d’argent.

Ensuite, une première solution pour augmenter le lait livré est d’augmenter le nombre de vaches. Certains bâtiments s’y prêtent plus que d’autres et cette solution peut être limitée voire impossible pour certains. Attention aussi à ne pas garder n’importe quelles vaches sous peine de rencontrer des problèmes sanitaires, des pénalités au tank et une augmentation des frais vétérinaires ! Enfin, il faut penser à la saison prochaine où une sortie au pâturage avec plus de bêtes peut freiner la montée en lait des vaches si la gestion des surfaces n’est pas maîtrisée.

La 2ème solution qui s’impose serait d’augmenter la production par vache. Cela n’est pas toujours la solution idéale : soigner plus n’est pas forcément efficace, surtout si vous avez peu de vaches fraîches dans le troupeau ! Un kilo de concentrés supplémentaire peut permettre aux fraîches de faire 1 à 2 l de lait en plus mais ce n’est pas le cas du reste du troupeau. Il ne faut pas augmenter la production par vache au détriment du coût de ration et de l’EBE/1000 l. Aller chercher les derniers kilos de lait peut ne rien rapporter voire avoir des conséquences négatives.

En conclusion

Les exploitations situées plus en altitude avec des vêlages à crèche auront plus de potentiel que les exploitations du plateau qui ont déjà commencé les vêlages… Chaque élevage étant différent, la gestion se fera au cas par cas.

Consultez vos conseillers pour la réalisation des rations, des bilans fourragers, les prévisions laitières et le suivi de la production !


L'équipe d'Avoudrey

L’équipe d’Avoudrey a rencontré l’EARL de l’Eau du Pré à VERNIERFONTAINE, qui s’est démarquée en 2007 en conservant un bon EBE/1000L sans pousser les vaches.

Quelques infos sur l'exploitation :

  • 2 UTH
  • 45 vaches laitières
  • 320 800 L de lait volume A
  • Référence de productivité : 3 799 €/Ha

Le point de vue de l'éleveur

« On trait ce qui vient. Il faut faire confiance à ses vaches, elles s’adapteront.

Il faut se dire que c’est une année difficile et que les vaches auront moins de lait. C’est un raisonnement que je peux avoir parce que je suis en rythme de croisière, mais je pense que si on veut traire plus de lait il vaut mieux garder plus de bêtes que d’essayer de soigner davantage.

Pour garder un bon niveau d’EBE il faut traire un lait de bonne qualité et rester conforme au cahier des charges de l’AOP. Il faut privilégier le volume payé en prix A. »

Ce que ça donne en chiffres

En 2007 l’éleveur avait déjà suivi ce raisonnement (cf tableau), mais ça n’a pas toujours été le cas : à un moment donné il donnait beaucoup de concentrés mais cela s’était soldé par un EBE faible du fait d’une moins bonne efficacité alimentaire.
En 2007 : 6 192 kg/VL; 1,362 tonnes de concentrés/VL/an; 220 g de concentrés/kg lait; 339 €/1000 L d'EBE.
En 2015 : 7 238 kg/VL; 1,329 tonnes de concentrés/VL/an; 188 g de concentrés/kg lait; 342 €/1000 L d'EBE.

Entre 2007 et 2015, on peut remarquer une différence de production pour la même quantité de concentrés distribuée. L’écart provient donc de la ration de base, mais la stratégie de l’éleveur de ne pas pousser les vaches a permis de garder un bon niveau d’EBE.





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