La traite à la loupe grâce aux Lactocorders

Depuis presque 2 ans, Conseil Elevage 25-90 développe une nouvelle intervention permettant de passer au crible le déroulement de la traite et du lavage de la machine à traire.  Des appareils de mesure électroniques appelés « Lactocorder » permettent de récolter de nombreuses données et aider les éleveurs et les installateurs de machine à traire à régler la qualité de la traite et du lavage. Voici les résultats ressortant des 80 interventions réalisées cette année sur les départements du Doubs et du Territoire de Belfort

Une stimulation réussie pour une traite de qualité

La qualité de l’éjection du lait en début de traite dépend fortement de la qualité de la stimulation des animaux avant la pose du faisceau trayeur. L’ocytocine, hormone qui permet la sécrétion du lait alvéolaire, n’est pas sécrétée immédiatement au niveau de la mamelle et met donc un certain temps avant d’agir. Le délai entre le début de la préparation de la mamelle et la pose du faisceau est primordial. D’après ce qui a été observé lors des visites, il est conseillé de brancher les animaux en moyenne entre 45 secondes et 2 minutes 30 après les avoir préparés. Ce laps de temps permet à l’ocytocine d’agir et au lait de « descendre » dans la mamelle, ce qui améliore la qualité de la traite. Dans la moitié des élevages visités, ce délai n’est pas respecté (trop long ou trop court) et l’éjection du lait est perturbée. On retrouve ainsi un pourcentage de courbes bimodales important (voir courbe « bimodalité ») : le débit se coupe au bout d’une minute et reprend 45 secondes plus tard. On parle de « surtraite avant la traite ». En plus du délai entre la préparation et la pose, la qualité de la stimulation a également son importance pour éviter la bimodalité : 40% des éleveurs tirent les premiers jets, ce qui améliore l’éjection du lait. Le pourcentage de bimodalité varie avec le type de préparation : attention à ne pas réduire le temps et la qualité de la stimulation même avec des préparations simplifiées (voir tableau 1). 

En moyenne, les visites ont mis en évidence 35 % de bimodalité. L'objectif serait d'être inférieur à 25%

Type de préparation

% de bimodalité en moyenne

Lavettes

24 %

Douchettes

26 %

Pré-moussage

26 %

Paille de bois

47 %

Rien

61 %



Chasse à la surtraite

De nombreuses études ont montré l’impact négatif de la surtraite sur l’état des trayons et notamment des sphincters. La surtraite est un facteur de risque d’apparition de lésions du trayon et augmente la pression microbienne sur ce dernier. Elle affaiblit cette barrière naturelle contre l’entrée des germes dans la mamelle. Les systèmes de déposes automatiques ont permis d’améliorer grandement ce point en homogénéisant les fins de traite mais il reste encore des marges de progrès. Sur les 80 visites déjà réalisées, une proportion importante d’élevage (45%) présentent plus de 10 % des animaux en surtraite. Cela est dû à une intervention parfois un peu trop tardive de l’éleveur (vaches très rapides à traire, trop de postes pour un seul trayeur), une proportion de vaches en « manuel » trop élevée ou un défaut de fonctionnement du décrochage. Même si l’installation de traite est vérifiée tous les ans lors du contrôle OPTITRAITE®, les décrochages ne font l’objet d’aucune vérification obligatoire. Pas étonnant donc de trouver plus de 10 % des systèmes de dépose avec un souci d’homogénéité.

Une grande variabilité génétique autour de la vitesse de traite

Le Lactocorder permet également de mettre en évidence la variabilité des vitesses de traite sur les animaux. Dans les élevages visités, le débit moyen au moment de la phase plateau (vitesse de croisière) s’élève à 3.3 Kg/min avec une variabilité importante entre les vaches (de 0.5kg/min à 8.5kg/min). Cette variabilité s’explique en grande partie par la génétique. Le temps global de la traite de chaque vache varie fortement avec une moyenne d’un peu moins de 7 minutes. 

Maîtriser le lavage de sa machine

Le lavage de l’installation de traite a une forte influence sur les résultats qualité du lait, mais également sur la préservation de la flore lactique du lait. Les premières interventions ont ainsi pu mettre en évidence quatre problématiques récurrentes au niveau du lavage. Des problèmes de turbulence ont été observés dans 40% des installations (volume d’eau inadapté, réglage non adapté de l’injecteur d’air…). Des températures d’eau trop faibles ont été relevées dans 25% des cas ce qui limite l’efficacité de la lessive. Les causes en sont nombreuses : mauvais fonctionnement du chauffe-eau, volume d’eau trop faible, eau stagnante entre les phases du lavage… Nous avons également observé des concentrations en lessive inadaptées (y compris sur les installations avec pompe doseuse) et des défauts d’homogénéité du lavage entre les postes dus par exemple à un encrassement des coupelles de lavage.

Exemple d'une courbe d'éjection du lait présentant une bimodalité





Exemple d'une courbe d'éjection du lait idéale

Ce bilan permet de mettre en lumière des pistes d’amélioration pour maîtriser toujours d’avantage la qualité du lait dans nos élevages. L’intérêt de ces appareils de mesure se retrouve à trois échelles : l’éleveur, la laiterie et les filières. Pour plus d’informations, n’hésitez-pas à en parler à votre conseiller d’élevage.

 Raphaël THIEVENT

Conseiller spécialiste qualité du lait

Pour aller plus loin : consulter le dernier n° de Planet'Montbéliarde et son dossier consacré à la qualité du lait  
Planet'Montbéliarde N°9



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