Valoriser mes protéagineux : de la zootechnie à l’économie.

Deux journées Techniques « Les graines de protéagineux : un pas de plus vers l’autonomie ? Intérêts Zootechniques ; Démonstration Toasteur et Témoignage Eleveur » sont organisées par un groupe de travail (organismes de conseil en élevage, chambres d’agricultures, Cuma Franche Comté, Interbio franche comté) en deux lieux différents sur la région :  Port sur Saône le 29/11 et Dannemarie sur Crête le 30/11. En amont de ces deux journées, nous vous proposons une série de trois articles techniques, successifs et mensuels, sur la production, l’utilisation des protéagineux pour l’alimentation animale et le toasteur mobile. 

L’intérêt des protéagineux dans ma ration

Le principal attrait pour les protéagineux est la recherche de l’autonomie protéique. Produire des protéines sur son exploitation pourrait permettre de réaliser des économies sur son coût de concentrés, mais aussi de répondre à une attente des consommateurs qui recherchent de plus en plus des produits locaux, non OGM, Bio etc…
Au niveau nutritionnel, les protéagineux ont des valeurs énergétiques proches de celles des céréales, et des valeurs azotées intermédiaires entre une céréale et un tourteau classique. La protéine des graines de protéagineux crues est rapidement dégradée dans le rumen. Cela peut être un atout dans le cas d’une ration déficitaire en azote soluble, c’est notamment le cas des rations foin/regain.  
En revanche, pour les rations contenant une forte proportion d’ensilage d’herbe ou de méteil, la part d’azote dégradable dans le rumen est généralement suffisante. L’intérêt de l’apport de graines de protéagineux peut alors être limité. C’est là que le toastage intervient : le traitement thermique permet de protéger une partie des protéines de la dégradation ruminale et ainsi d’augmenter les PDIA et de réduire la part d’azote soluble. Ce procédé est donc intéressant avec une ration non déficitaire en azote dégradable dans le rumen. 

Les précautions à prendre

L’utilisation de protéagineux dans la ration des vaches laitières doit être réfléchie. Il faut notamment faire attention au taux de matières grasses élevé des graines de soja, que la graine soit crue ou toastée. L’apport de graines de soja en trop grande quantité dans la ration pourrait alors causer une dépréciation de la matière grasse (chute importante du TB), voire une diminution de l’ingestion pouvant pénaliser la production laitière et le TP.  En pratique, on conseille de ne pas dépasser 5% de matières grasses au total dans la ration.
Dans tous les cas, se lancer dans la valorisation des protéagineux nécessite d’effectuer une transition progressive d’au moins 3 semaines afin de ne pas perturber le rumen. Ensuite il faut suivre l’ingestion ainsi que les taux et les autres indicateurs disponibles pour garantir un bon équilibre de la ration. Parlez-en avec votre conseiller d’élevage !

Et au niveau économique ?

Achetés ou autoconsommés, il convient de définir le prix d’intérêt des protéagineux pour évaluer le bénéfice économique de leur utilisation. Le prix d’intérêt correspond au prix pour lequel l’aliment acheté est rentable (coût de ration plus faible).
Quel que soit le prix du tourteau, dans une ration foin/regain équilibrée pour 25 kg de lait, l’ajout de soja cru est rentable si son prix n’excède pas 190 €/T brute (système conventionnel) et 450 €/T brute (système bio). Pour ce qui est des systèmes ensilage maïs/herbe, avec une ration équilibrée pour 30 kg de lait, le prix d’intérêt de la graine toastée varie en fonction du prix du tourteau (cf. tableau). Par exemple, lorsque le tourteau 50% soja – 50% colza est à 350 €/T brute, la graine toastée est rentable si son prix n’excède pas 405 €/T brute.
Plus le tourteau est cher, plus il est intéressant d’utiliser les protéagineux dans sa ration. En moyenne, l’ajout de 2 kg graines de soja (toastées ou non) permet une économie de 1,5 kg de tourteau et 1 kg de céréales, tout en conservant un apport de protéines à travers l’utilisation d’un tourteau tanné. En parallèle, il ne faut pas négliger la qualité des fourrages présents (ration de base), qui conditionne la quantité de tourteau à ajouter pour équilibrer la ration.

Rédacteurs : 
Honorine ADAM (HSCEL), Louise CREPEAU et Nicolas GAUDILLIERE (CEL 25-90), Alban MONDIERE (Interbio Franche-Comté), Amélie MACERA (AgroSup Dijon). 


En quoi consiste le toastage

Le toasteur est une machine qui permet d’envoyer un flux continu d’air chaud (280 à 300 °C) sur un tapis de graines qui avance en permanence. Les graines restent une dizaine de secondes exposées à la chaleur. Grâce à ce temps court et au système de ventilation, elles ne brûlent pas mais chauffent à cœur à 100 °C. Ce procédé thermique transforme les protéines : le taux de protéines assimilables dans l’intestin est ainsi nettement augmenté. Les quantités de matières grasses restent cependant les mêmes. Par rapport à une graine crue les PDIA sont les plus impactés car multipliés par 3,5 à 6. Les PDIN augmentent d’environ 20 à 30 % et les PDIE sont multipliés par 1,8 à 3 selon les espèces. De plus, le toasteur permet d’éliminer bactéries et champignons ce qui limite donc les risques de contamination dans la ration et améliore la conservation.

(source : GRAPEA)

« Gare aux FANs chez les monogastriques… »

On retrouve la présence de Facteurs Anti-Nutritionnels (FANs) dans de nombreuses matières premières, en particulier dans les graines de légumineuses. Les espèces monogastriques, notamment les volailles, y sont plus sensibles que les ruminants. Ainsi, des seuils d’incorporation précis sont à prendre en compte dans le rationnement de ces espèces.

Les FANs sont de natures chimiques diverses et de toxicité variable : produits neurotoxiques (agents du lathyrisme des gesses, alcaloïdes des lupins), anémiants (vicine et convicine chez la féverole), facteurs de faible digestibilité (tannins, inhibiteurs de protéases, phytates), allergènes (lectines), etc. Dans certains cas, une solution variétale a été trouvée. Cela dit, les FANs ayant souvent un rôle protecteur de la plante, ce progrès génétique s'est souvent accompagné d'un besoin plus grand en traitements phytosanitaires. Ainsi, ces variétés sont plutôt inadaptées à l’agriculture biologique.

Différent procédés mécaniques et thermiques ont été développés au niveau industriel afin d’éliminer les FANs. Le toastage par exemple détruirait au moins partiellement la plupart des FANs mais nécessite un travail de rééquilibrage des rations et une certaine vigilance.  

Pour en savoir plus, rendez-vous aux journée "les protéagineux, un pas vers plus d'autonomie" :

Valeurs alimentaires (/kg brut) des graines de protéagineux crues ou toastées, comparées à celles de tourteaux classiques



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